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Avant Paris, Bruxelles a son Centre d’Art Africain

Paradoxe. Bruxelles, où vit la plus importante diaspora africaine d’Europe, n’avait pas encore de pôle artistique africain. Lacune réparée en ce printemps 2022, avec la mise en œuvre du B.A.A.C., Brussels African Art Center. Un projet ambitieux, porté depuis plusieurs années par la curatrice Sandra Agbessi et qui démarre sur la confrontation de deux artistes, Julia Buruleva et Gopal Dagnogo.

Cela s’appelle “Synergies malicieuses” et, petite malice, cela n’a pas lieu au B.A.A.C. mais jusqu’au 29 mai à la galerie Inside-Out, 132 rue Blaes à Bruxelles. En fait, le Brussels African Art Center n’a pas encore de siège: il sera autant outside qu’inside dans des lieux différents, “mobile pendant deux à trois ans”, précise sa fondatrice. Qui a des arguments pour justifier ce qui est un choix délibéré en même temps qu’une nécessité: “L’important, ce n’est pas le contenant mais le contenu. Comme pendant le confinement, on oublie pendant un moment les bureaux pour se concentrer sur les projets, déjà plus d’une dizaine. Nous les produirons chez des partenaires différents, des galeries ou des lieux privés, selon la spécificité de chaque projet.”  Une fluidité ancrée dans son ADN.

Sandra Agbessi, galeriste, éditrice d’art, une femme qui bouge bien

Père togolais et mère belge, née à Bruxelles, Sandra Agbessi y est aussi à l’aise qu’à Londres, Paris – où elle a travaillé dans une grande agence de pub –  ou New York. Dans les milieux artistiques, pareil, elle est comme un poisson dans l’eau; “Fine Art Studio”, sa première galerie d’art, avait démarré en 2000 à la rue Haute avant de déménager dans le haut de la ville, au Châtelain puis au Sablon, au gré des besoins et du dynamisme de sa fondatrice. 

« Déghettoïser » les talents africains

Ce projet de Brussels African Art Center, élaboré en 2019, mûrissait en elle depuis des années. “Il m’apparaissait évident qu’une implantation à Bruxelles serait bien plus propice que Paris pour un centre de ce genre, à cause de nos liens particuliers avec l’Afrique et surtout, au vu de l’accession de la ville au rang de capitale de l’art contemporain.” Sandra Agbessi met l’accent sur “art contemporain” autant, voire plus,  que sur “art africain”: “L’Afrique, les Afriques devrais-je dire, est partout aujourd’hui comme le sont ses artistes. Des noms comme Freddy Tsimba, Cheri Samba, Gaël Maski, JP Mika, Hilary Balu n’évoquent pas seulement leurs racines congolaises, ils s’imposent par leur maîtrise et leur originalité. On doit abandonner la vision afro-centrée, se débarrasser partout de la gangue de l’histoire coloniale et post-coloniale qui bloque beaucoup de projets artistiques: déghettoïser les diamants des talents de ces hommes et de ces femmes. Bref, voir en eux les artistes avant de voir les Africains. Même s’il est naturel et évident que leurs tendances soient profondément influencées par leur culture et leur patrimoine.” 

Avec une petite équipe de quatre personnes, forcément mobile, le B.A.A.C.  veut déployer une politique artistique ambitieuse, toucher à des genres différents, être autant un laboratoire d’idées et d’expérimentations qu’un lieu de discussions et d’échange. Après les “Synergies malicieuses” du mois de mai 2022, l’agenda prévoit en principe une exposition Bareto, alliant visages et contes d’Afrique. A suivre. S.P. 

“Synergies malicieuses” > 29 mai, Galerie Inside-Out, 132 rue Blaes, 1000 Bruxelles

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